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rond2V2PILIER 3 : LES FILIÈRES

Identifier les écomatériaux économiquement porteurs

Le troisième pilier du projet EcoTransFaire a pour objectif le développement d’une filière de production et de vente d’ écomatériaux de construction en circuit-court. Dans ce cadre, les partenaires de la Grande Région identifient les écomatériaux les plus prometteurs.

Le contact du Pilier 3 : Maxime Malotaux

 

IDENTIFIER LES ÉCOMATERIAUX ÉCONOMIQUEMENT PORTEURS

Pour mener à bien cette opération, dans un premier temps, il a fallu établir la liste des matériaux de construction existants pour ensuite les analyser selon des critères précis et en faire ressortir ceux présentant un potentiel de développement économique intéressant pour le territoire de la Grande Région. « Parmi les 250 à 300 matériaux de construction recensés, nous avons tout d’abord dû enlever les doublons. C’est, par exemple, le même matériau repris deux fois car disponible en deux épaisseurs différentes », explique Maxime Malotaux, responsable du développement des filières durables et coordinateur au sein de l’Agence de développement local de Tintigny-Habay (Belgique).

Puis une enquête a été réalisée auprès des professionnels du secteur. Des universitaires, des architectes, mais aussi des entreprises ont dû dire s’ils connaissaient les matériaux en question et donner leur avis sur ces derniers. Suite au dépouillement de leurs réponses, 20 matériaux se sont distingués. « Pour chacun, nous avons alors investigué leurs caractéristiques techniques, économiques et environnementales. C’est ainsi que nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas de données disponibles concernant leur fin de vie. Nous avons alors étudié les 20 matériaux sélectionnés pour déterminer le coût de leur déconstruction et le façon dont ils sont traités , explique Maxime Maloteaux. Ces nouvelles données ont été ajoutées au dossier.  Lors d’un colloque en mai 2014, des experts ont finalement retenu 8 écomatériaux.»
La dernière étape de sélection a eu lieu le 21 avril 2015.
Elle a débouché sur l’identification des un à trois matériaux les plus prometteurs.

Le projet s’est entouré de partenaires universitaires de la Grande Région, tant en Belgique, qu’en France et qu’au Grand-Duché de Luxembourg. Il s’agit du site arlonnais de l’Université de Liège ; de l’Institut Universitaire de Technologie (IUT) Henri Poincaré de Longwy, qui est une composante de l’université de Lorraine situé à Cosnes-et-Romain, ainsi que du LIST (Luxembourg Institute of Science and Technology). Dans chacune de ces structures, environ deux personnes sont dédiées au projet EcoTransFaire et à la réalisation de son troisième pilier.

Laetitia Theunis

LES 8 ÉCO-MATÉRIAUX SELECTIONNÉS

Sur base de l’analyse de leurs caractéristiques techniques, économiques et environnementales, 8 écomatériaux prometteurs ont été identifiés.

Le béton de chanvre (aussi appelé béton chaux – chanvre) se distingue par un bilan carbone négatif, une faible énergie grise et un très haut pouvoir isolant grâce à la chènevotte. Composée de nombreux capillaires, elle est très légère et confère au béton une faible masse volumique. En outre, l’utilisation du chanvre en construction permet la valorisation d’une filière agricole très peu exigeante en intrants. 

Par ailleurs, le mélange de laine de chanvre et de bois conduit à un coefficient thermique intéressant. Disponible en panneaux, rouleaux, matelas ou en vrac, cet isolant est en sus sans danger pour la santé.

Le béton recyclé est composé de gravillons triés, concassés et déferraillés provenant de bâtiments détruits. Son atout majeur est de ralentir l’épuisement des ressources en matériaux primaires naturels en carrières, nécessaires à la fabrication de béton standard dont il présente d’ailleurs de meilleures propriétés mécaniques.

Le bois de construction brut, préférentiellement non traité, est une matière première naturelle et renouvelable puisque rapidement renouvelée, utilisée dans la construction de structures, de bardages ou encore de châssis. Outre leur structure permettant d’importantes épaisseurs d’isolation – et donc de bonnes performances thermiques du bâti-, les ossatures bois permettent une économie de matière et donc de poids de structure. En revanche, les structures bois légères offrent une faible inertie thermique.

La teneur en carbone du ciment écologique est bien plus faible que celle du ciment traditionnel. En effet, sa confection utilise un mélange de métakoaline (soit un extrait d’argile kaolinique) et de carbonate de calcium. La température de chauffe du four exigée étant plus faible, une usine test a vu diminuée de 32 % la consommation d’électricité et de moitié le pétrole brut utilisé dans les fours. En outre, ce ciment est 28% moins cher.

La ouate de cellulose est l’isolant thermique et acoustique le plus utilisé en éco-construction. En vrac ou en panneaux semi-rigides, elle est une alternative saine aux fibres minérales. Sa matière première renouvelable est issue du recyclage. Ses hautes performances et sa capacité de déphasage thermiques ainsi que son procédé de fabrication consommant peu d’énergie primaire en font un matériau d’isolation présentant un des meilleurs rapports qualité technique, écologique et coût.

Issues de la récupération et du tri de textiles usagés, les fibres de coton sont recyclées en isolants thermiques et acoustiques (Isonat, Cotonwool, Métisse). Constitués à 85% de fibres textiles recyclées et à 15% de liant polyester, ils sont disponibles en panneaux et en rouleaux pour isoler des murs, des combles ou des planchers.

Enfin, la paille est le dernier matériau qui a été sélectionné. Elle est utilisée comme isolant dans des éléments constructifs en ossature bois, par exemple.

Laetitia Theunis

ÉTAT DE LA RÈGLEMENTATION POUR TRAVAILLER EN TRANSFRONTALIER

Fabricants de matériaux de construction ou artisans, tous doivent se conformer aux législations européennes et nationales en vigueur.

Pour mettre un produit de construction sur le marché local au niveau de la Grande Région, un fabricant doit s’assurer d’obtenir une certification européenne, dont l’élaboration suit une procédure spécifique.

1. Consulter la dernière liste des normes harmonisées publiée au Journal officiel de l’Union européenne afin de vérifier si le produit fabriqué est couvert par une de ces normes harmonisées1.

2. Identifier les États-membres où le produit sera vendu et identifier les réglementations nationales applicables dans chacun d’eux. Cette démarche détermine en sus les caractéristiques essentielles, listées dans la spécification technique harmonisée spécifiquement d’application pour le matériau, pour lesquelles il convient de déclarer une performance.
En Belgique, le point de contact produit pour la construction est assuré par le SPF Économie. Au Luxembourg, il s’agit du Ministère du travail et de l’Emploi. En France, c’est le  Centre Européen des Consommateurs (CEC).

3. Définir le produit type – autrement dit quelle combinaison de quelles matières premières selon quel procédé – et l’ensemble des niveaux de performances du produit.

4. Mettre en place un système de contrôle interne permanent et documenté de la production en usine, conformément à la spécification technique harmonisée applicable, permettant en outre de garantir une constance dans la qualité du produit.

5. Établir une documentation technique, socle de la déclaration des performances du produit. Ensuite, rédiger et signer une déclaration des performances du matériau.

6. Apposer le sigle « CE » sur le produit et lui attribuer un numéro d’identification. Le produit ainsi estampillé CE peut alors être mis sur le marché des pays identifiés. A condition toutefois d’être accompagné de la déclaration des performances ainsi que des consignes de sécurité compréhensibles dans les langues officielles du pays de vente.
Pour être en conformité avec la réglementation locale, notamment en cas de problème de construction, un artisan ne peut mettre en œuvre que des produits conformes aux exigences applicables du Règlement Produits de Construction (RPC). Avant d’utiliser un produit fabriqué dans un autre pays, il doit s’assurer que le fabricant a bien rempli ses obligations (reprises ci-dessus).
La législation existante se conforme à la Directive européenne 89/106/2011. Toutefois, le Règlement (UE) n°305/2011 modifie plusieurs aspects applicables à la commercialisation des produits de construction. Par ailleurs, des modifications des aspects réglementaires nationaux ont régulièrement lieu. Pour se tenir informé, le point de contact privilégié est l’antenne norme du CSTC (Centre Scientifique et Technique de la Construction) en Belgique et l’antenne norme du CSTB (Centre Scientifique et Technique du Bâtiment) en France.

 Laetitia Theunis

http://ec.europa.eu/enterprise/policies/european-standards/harmonised-standards/index_en.html

COMMENT CATÉGORISER LES MATÉRIAUX SELON LEUR FIN DE VIE ?

Une étude réalisée par l’ULg définit une méthodologie permettant d’évaluer la fin de vie des matériaux et de les hiérarchiser.
Un matériau peut sembler écologique en termes de fabrication, facile à mettre en oeuvre, mais très peu écologique en fin de vie. Dans le cadre d’un stage proposé par EcoTransFaire, Michaël Rakotonjanahary a consacré sa thèse de maîtrise (Ulg, 2014) à la fin de vie des matériaux de construction et à l’élaboration de critères exprimant leurs performances environnementale, technique, sociale et économique.
L’évaluation environnementale
des procédés de recyclage d’un matériau doit englober la fin de vie du produit initial mais aussi la phase de production du produit recyclé. En outre, il faut tenir compte du bruit causé et de la superficie au sol utilisée.

Quant à l’évaluation du potentiel technique de recyclage des matériaux, elle se base sur quatre critères : leur propreté, leur état physique acceptable, leur absence de contamination et d’adjuvants. Par ailleurs, l’aisance de déconstruction influe sur le taux de récupération des déchets. Elle est évaluée, par exemple, sur base de la protection des isolants thermiques.

L’évaluation sociale d’un procédé de recyclage d’un matériau, se réfère moins au procédé utilisé qu’à la politique de l’entreprise et à sa localisation. Pour être complète, elle prend en compte les impacts sociaux tant sur les travailleurs, les communautés locales que sur les sociétés partenaires et tous les acteurs de la chaîne de valeur. Dans ce but, il est crucial de réaliser une Analyse Sociale du Cycle de Vie (ASCV).

Au plus les déchets sont recyclables, au plus les coûts d’élimination sont faibles pour leur détenteur. L’évaluation économique dépend de la technologie disponible (flux de matières, consommation énergétique, coût de fonctionnement), du prix de revente des matériaux recyclés et du coût des matériaux remplacés par ces matériaux recyclés.

Sur cette base, sept isolants thermiques ont été hiérarchisés.
Sur la première marche du podium, se trouvent les copeaux de bois, talonnés par les panneaux de liège et le chanvre (chènevotte). Mais, bien que présentant les meilleures performances globales, les copeaux de bois ne sont pas la panacée. « Leur recyclage n’est pas inoffensif pour la santé des travailleurs. De plus, il conduit à des produits de valeur – ou qualité – inférieure à celle du produit initial, contrairement au chanvre et au liège. De surcroît, le recyclage des copeaux de bois ne fournit que 0,5€/kg au détenteur de déchet alors que le chanvre en rapport 0,88€/kg et le liège 2€/kg », nuance Michaël Rakotonjanahary.
Plus bas dans le classement : le verre cellulaire, l’argile expansée, la perlite expansée et enfin, la ouate de cellulose.

Laetitia Theunis

DES FIBRES DE JEANS POUR ISOLER LA MAISON

Isolant biosourcé composé de coton recyclé, Métisse apporte confort thermique et acoustique.

Du jean pour isoler sa maison !
Depuis une dizaine d’année, le Relais (France) transforme une partie de sa collecte de vêtements (non utilisables en l’état) en Métisse, un panneau ou un rouleau d’isolant bleuté composé de fibres de coton. Philippe Hugo est le représentant de Métisse en Belgique.

D’OÙ VIENT CETTE IDÉE ?

A la base, les vêtements sont collectés dans des conteneurs en France et aux pays-Bas pour être réutilisés dans une filière d’habillement de seconde main.
Parmi les habits usés et inutilisables pour se vêtir, certains serviront de matière première pour notre matériau biosourcé, Métisse. Les fibres de coton sont en effet d’excellents isolants thermiques mais aussi acoustiques. Les vêtements récupérés pour fabriquer Métisse représentent environ 10% des vêtements collectés. Ce sont exclusivement des jean 100% coton, donc sans élastane.
C’est notre plus grand apport de déchets, et le plus rapide à trier. Ils le sont d’ailleurs sur base de leur marque. Quant au coton blanc, issu de T-shirt et autres, la densité est différente de celle du jean. On s’en sert pour rembourrer des futons et des matelas.

COMMENT SE DÉROULE LA CONCEPTION DE L’ISOLANT ?

Après le tri, les jeans sont défibrés dans notre unité de production de Billy-Berclau.
On fait partie du Relais, un regroupement d’une vingtaine d’entreprises d’insertion à but socio-économique qui s’est donné pour mission de lutter contre l’exclusion par la création d’emplois pour les personnes en difficulté.
Ensuite, les fibres sont ignifugées d’une telle façon que le coton demeure inerte et qu’il garde donc cette propriété même s’il est mouillé à cause d’une fuite dans le toit. Le Relais voulait un produit totalement sain. Ensuite les fibres bleues sont assemblées en panneaux ou en rouleaux isolants.

AUSSI PERFORMANT QUE LES ISOLANTS SYNTHÉTIQUES TRADITIONNELS ?

On peut le comparer à celui de la fibre de verre.
Avec un lambda est de 0,039
(quasi équivalent aux laines de verre standards), pour une résistance thermique (R) de 4,5, il faut 18 centimètres de Métisse.

VOUS PRODUISEZ EN FRANCE MAIS VENDEZ DANS LE BENELUX.

On suit les normes européennes, qui simplifient le système, et on acquièrt les certifications requises pour chacun des différents territoires. Par exemple, en Belgique, on est reconnu par le CSTC (Centre Scientifique et Technique de la Construction). Lorsqu’on a lancé l’activité, il n’y avait pas de réglementation européenne concernant la résistance au feu, alors que désormais il y en a une. On s’adapte à ces changements.

Laetitia Theunis

UN COLLOQUE DEDIÉ AUX ÉCO-MATERIAUX

Le milieu de la recherche et celui de l’entreprise ont échangé leurs connaissances sur les écomatériaux lors d’un colloque IntermatGR et EcoTransFaire organisé à Arlon en mai dernier.(2014)

« Utilisation des écomatériaux dans la construction, avancées et perspectives en Grande Région », c’est l’intitulé du colloque organisé par l’Université de Liège sur son site d’Arlon, le 23 mai 2014.
Cet événement a rassemblé le milieu de la recherche mais également celui des entreprises – des entrepreneurs, des fabricants et des fournisseurs de matériaux ainsi que des architectes et des bureaux d’études – pour échanger sur les dernières avancées et problématiques relatives aux écomatériaux.
Il s’agissait d’une opération combinée entre deux projets Interreg traitant des matériaux de construction : Intermat et EcoTransFaire. Le premier s’est clôturé en décembre 2014 et visait la mise en réseau des acteurs du domaine des matériaux de construction officiant dans la Grande Région. Le second s’intéresse plus spécifiquement à la mise sur pied d’unité d’une filière de production des écomatériaux les plus performants et de vente en circuit-court.

Pourquoi un colloque spécifiquement dédié aux écomatériaux ?
« Le constat de la raréfaction de certaines matières premières nous amène à repenser l’origine et l’usage des matériaux et à nous tourner vers des solutions plus durables mais également locales. Que ce soit le bois, le chanvre ou encore la paille, les écomatériaux font aujourd’hui partie intégrante du panel des matériaux disponibles pour la construction et assurent souvent des performances comparables voire supérieures aux matériaux conventionnels », indiquent les organisateurs.

Parmi les thématiques abordées, les différents usages et fonctions que peuvent revêtir les écomatériaux dans le bâtiment ont été creusés.
Quand on pense « écomatériaux », l’association immédiate se fait avec l’isolation des toitures et des murs. Mais ils peuvent également intervenir dans la participation de la structure même du bâtiment voire du chauffage. Ainsi, en lieu et place du béton traditionnel, le serpentin du chauffage par le sol peut être entouré d’un isolant en écomatériaux et imbriqué dans un panneau de bois. Le cycle de vie des matériaux de construction a également été abordé.

Cette journée de rencontres et d’échange de connaissances a couvert de manière transversale la thématique des écomatériaux. Elle fut une première étape pour le développement de nouveaux partenariats scientifiques et d’opportunités commerciales dans la Grande Région.

Laetitia Theunis

Depuis 2012, les partenaires du projet ECOTRANSFAIRE développent des actions avec les professionnels de l’écoconstruction et de l’écorénovation. Suivez ici nos actualités ou consultez toutes les actualités.

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